Time2Watch ferme ses portes et dévoile de précieuses informations sur les coulisses d’un site pirate

Time2Watch jette l’éponge. L’administrateur du site a en effet annoncé sa fermeture plus tôt dans la semaine. Il en a également profité pour publier un « testament » qui nous permet d’entrevoir ce qui se cache derrière le rideau.

Time2Watch n’est certainement pas le premier site pirate à fermer ses portes, loin de là. T411, Zone-Téléchargement, ces fermetures sont en réalité assez courantes dans le milieu.

Image par Carabo Spain de Pixabay
Image par Carabo Spain de Pixabay 

Ce qui l’est moins, en revanche, c’est que leurs administrateurs partagent le récit de leur histoire.

Time2Watch, c’est fini !

C’est pourtant ce qu’a fait le créateur de Time2Watch, un site pirate francophone qui se trouve depuis longtemps sur la liste noire des ayants droit et de leurs avocats. Hébergé chez TorrentFreak, son « testament » vise comme il le dit lui-même à « démystifier » le warez.

Et tout commence… par le début. Le document revient ainsi sur la naissance de Time2Watch. L’administrateur du site expliquent qu’à l’époque, l’offre légale n’était pas satisfaisante, tant en terme de contenus que d’usage. Et de pointer du doigt les fameuses DRM ou encore la chronologie des médias.

Mais pas seulement. Dans son testament, l’administrateur s’en prend également à la concurrence, et notamment aux sites de streaming qui usent et abusent des publicités et des pop-us intrusives.

Time2Watch est donc né avec la conviction qu’il était possible de rendre le warez plus accessible et plus vertueux.

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Time2Watch, une fermeture qui résulte d’une « fatigue » générale

Mais il ne s’arrête pas là. Plus loin, il revient également sur ce qui l’a poussé à mettre un terme à l’aventure. D’après lui, la fermeture de Time2Watch n’a rien à voir avec une procédure lancée à son encontre ou avec des tensions au sein de l’équipe, elle résulte d’une fatigue latente et d’une envie d’autre chose.

Ensuite, et après avoir réglé ses comptes avec plusieurs ayants droit, il en vient à ce qui est sans doute l’un des passages les plus intéressants du document : l’efficacité du blocage par DNS et du déréférencement.

Pour beaucoup, ces mesures prêtent à sourire. Un blocage au niveau DNS peut être facilement contourné et le déréférencement ne présente aucun intérêt lorsqu’on connaît déjà le nom et l’adresse des sites pirates.

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Le blocage par DNS et le déréférencement, des techniques qui ont fonctionné sur Time2Watch

Toutefois, le document donne un autre son de cloche. Si l’on en croit ce qui est écrit, alors lorsque Time2Watch a fait l’objet de ces deux mesures, des mesures prises de manière dynamique, il a immédiatement subi une baisse de son trafic. Une baisse de l’ordre de 20 %. Car si les habitués continuaient de venir, le site n’accueillait plus de nouveaux utilisateurs, ce qui l’a du même coup plongé dans une situation délicate en provoquant un assèchement durable de son trafic… et de ses revenus publicitaires.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces deux outils remplissent donc bien leur fonction, et on comprend bien entendu pourquoi les ayants droit continuent d’y avoir recours.

Alors bien sûr, pour contourner le problème, il est toujours possible de changer de nom de domaine, mais cette solution n’est pas durable. Comme l’administrateur de Time2Watch l’explique, lorsque les ayants droit optent pour un blocage DNS et un déréférencement dynamique, alors il est extrêmement difficile de redresser la barre. Encore moins lorsqu’on fait face à une concurrence extrêmement agressive.

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De l’importance de l’anonymat dans le warez

Mais le document n’en reste pas là. Il donne également quelques conseils de base que toute personne souhaitant se lancer dans le domaine du warez devrait connaître.

Pour commencer, l’administrateur de Time2Watch conseille de faire table rase du passé et de supprimer toutes ses comptes sociaux, mais aussi toutes les publications pouvant comporter son nom, son prénom ou d’autres informations privées permettant de remonter jusqu’à soi. Il est également indispensable d’utiliser un pseudo unique et qui n’a jamais été utilisé ailleurs.

Attention cependant, car le pseudo en question ne doit pas non plus être trop précis et il faut ainsi qu’il soit suffisamment généraliste pour pouvoir être noyé dans la masse.

Ensuite, et sans grande surprise, il conseille l’utilisation d’au moins un VPN, un VPN ne conservant bien entendu aucun log. En revanche, pour lui, chainer des dizaines de VPN et de proxies n’a aucun sens. Comme il l’explique, l’administrateur d’un site pirate ne se bât pas « contre la NSA ».

Toujours dans l’optique de pouvoir opérer discrètement, il recommande également de ne jamais parler de ses activités à qui que ce soit, et encore moins à ses proches. Et bien sûr, il ne faut pas non plus faire confiance aux personnes croisées sur Internet. De manière plus générale, il recommande donc de faire profil bas et, surtout, de ne jamais utiliser son compte PayPal ou son compte bancaire pour émettre ou recevoir des paiements relatifs au site.

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Cloudflare ne protège pas les sites pirates

Cloudflare en prend aussi pour son grade. Dans son testament, l’administrateur de Time2Watch explique ainsi que ce dernier ne protège en rien les administrateurs des sites pirates. Le service donnera le nom de l’hébergeur ou encore l’IP du serveur à la moindre sollicitation des ayants droit.

De même évidemment pour les informations relatives à l’administrateur du site, comme son IP ou ses moyens de paiement.

La seule utilité réelle du service est donc de protéger le serveur contre les attaques DDoS et d’alléger un peu la charge.

Plus loin, il explique également la différence entre les hébergeurs offshores et bulletproofs. Pour lui, louer un serveur situé dans un pays étranger ne suffit pas à se protéger, pour la simple raison que son hébergeur n’ignorera pas forcément les requêtes DMCA pour autant. Il faut donc choisir un hébergeur bulletproof, et donc un hébergeur donne pour ignorer ces fameuses plaintes.

Mais ce serveur ne doit pas pour autant être exposé. Il est préférable d’utiliser plusieurs serveurs et de faire appel à un ou plusieurs reverse proxy afin de protéger l’infrastructure sur laquelle s’appuie le site. L’administrateur de Time2Watch donne également quelques noms. Idem pour les registrars.

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Et l’argent dans tout ça ?

Le testament finit sur la délicate question de l’argent. Après avoir fermement indiqué que les revenus ne doivent pas être un fin en soi, l’administrateur de Time2Watch indique que les encarts qui étaient intégrés aux pages du site suffisaient à le faire fonctionner.

Il tâcle ainsi au passage ses concurrents, qui ont parfois la main un peu plus lourde et qui font également souvent appel à des formats invasifs pour augmenter les revenus générés par leur site.

Au final, ce récit donne un autre regard sur une pratique qui ne remonte pas à hier et qui a accompagné Internet depuis ses débuts.

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