Tituba et l’affaire des sorcières de Salem

Le procès des sorcières de Salem fait partie des pages sombres de l’histoire coloniale des États-Unis. Il s’est soldé par l’exécution de 25 personnes et l’emprisonnement d’un nombre bien plus grand de personnes, toutes accusées de sorcellerie en 1692 dans le Massachusetts.

Tituba est la figure marquante de cet épisode de l’histoire américaine.

Elle était esclave à Salem, au Massachusetts, et fut l’une des premières personnes à être persécutées pour sorcellerie.

Une étrange histoire de possession

Beaucoup de détails de la vie de Tituba demeurent inconnus à ce jour et les récits historiques à son sujet sont souvent contradictoires. On rapporte qu’elle était Amérindienne originaire des Antilles. Plus précisément, elle serait moitié amérindienne (Indienne de l’Ouest), moitié noire. Elle était l’esclave de Samuel Parris, un pasteur barbadien et ancien marchand qui obtint un emploi dans l’église de Salem et y amena Tituba avec lui en 1689.

D’après la légende, tout aurait commencé un jour en fin d’année 1691, lorsque la jeune fille de Parris, Betty, sa nièce Abigail et deux petites voisines se sont réunies pour s’adonner à une drôle d’activité. Les jeunes filles avaient décidé d’essayer de lire leur fortune à travers une vieille méthode de divination anglaise utilisant du jaune d’œuf. Mais au lieu de voir leurs futurs amours, les jeunes filles auraient plutôt vu des cercueils, seraient devenues hystériques et se seraient mises à aboyer comme des chiens. Betty et ses camarades auraient également déclaré avoir ressenti des pincements à plusieurs reprises.

Suite à cet incident, Parris très préoccupé aurait contacté ses collègues pasteurs pour initier des prières et jeûner afin de conjurer le sort. La mère de l’une des filles, Mary Sibley, aurait parlé de l’incident du jaune d’œuf à Tituba et à un autre esclave de Parris nommé Indian John. Et cela à l’insu de Parris. Les deux esclaves auraient alors préparé un “gâteau de sorcières” pour dissiper la “possession” des filles. Le “gâteau de sorcières” était fait de farine de seigle et de l’urine de la jeune Betty, et a été donné au chien de la famille dans l’espoir de deviner l’identité de ceux qui possédaient les filles.

L’accusation de sorcellerie

Lorsque Parris apprit que son esclave Tituba avait utilisé un “gâteau de sorcières” il se mit dans une colère noire et accusa la jeune femme de sorcellerie. Betty accusa également Tituba et deux autres femmes, Sarah Osborne et Sarah Good, de les avoir ensorcelées elle et les autres filles. Parris força Tituba à “avouer” et elle fut officiellement interrogée par le tribunal en février et mars 1692.

Dans ses aveux, Tituba a déclaré avoir signé le « livre du diable » et avoir été contrainte par des animaux de faire du mal aux enfants. Elle a également incriminé Sarah Osborne et Sarah Good. Tituba a finalement été condamnée et emprisonnée dans une prison de Boston pendant plus d’un an avant qu’une personne anonyme ne paye sa caution. On sait peu de choses sur sa vie après sa sortie de prison.

La confession de Tituba a déclenché l’hystérie générale dans la ville, ce qui allait donner lieu à ce qu’on a appelé le procès des sorcières de Salem. Pendant deux ans, 144 personnes seront jugées et accusées de sorcellerie, dont 19 personnes (principalement des femmes) seront exécutées aux termes de leurs procès. Si certains récits historiques sur le procès de Salem suggèrent que Tituba n’était pas étrangère à la sorcellerie africaine, au vaudou ou à toute autre forme de magie du fait de ses origines caribéennes, d’autres par contre suggèrent qu’elle était totalement innocente.

Quoi qu’il en soit, Tituba reste la figure clé du célèbre procès des sorcières de Salem. Elle a été popularisée par de nombreux auteurs qui ont repris son histoire dans des livres et des articles, et elle a même inspiré l’un des personnages de la célèbre pièce de théâtre « The Crucible » écrite par Arthur Miller en 1953.

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