Troisième Oeil, le logiciel de surveillance chinois

Les méthodes avancées de surveillance technologique deviennent monnaie courante en Chine. Des logiciels comme le Troisième Œil créent des conditions de travail insoutenables pour les salariés.

L’adoption de nouvelles technologies était la promesse d’un quotidien plus facile et plus productif pour la classe moyenne chinoise. Mais à mesure que les entreprises intègrent des outils de contrôle et d’amélioration de la productivité, la situation semble se transformer en une véritable exploitation humaine. Les algorithmes rythment les journées de travail des employés des géants chinois tels qu’Alibaba. Ils continuent de prendre de plus en plus de place dans les bureaux pour affecter l’activité professionnelle des cols blancs.

Des travailleurs chinois dans une usine
Crédits Pixabay

Le phénomène s’observe particulièrement dans les entreprises technologiques chinoises. Les mesures de surveillance technologique – associées à une médiocre réglementation du travail – favorisent les abus.

Des chercheurs alertent sur ces pratiques, car elles peuvent être contraires à l’éthique et comportent un risque pour le respect de la vie privée des salariés. Ces derniers subissent un stress mental accru et voient leur charge de travail augmenter.

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Le calvaire d’un employé d’une entreprise de Shanghai

Dans un article publié le 9 juin dernier sur son site, le magazine Nikkei Asia raconte le dilemme moral qu’a vécu Andy Wang. Cet ingénieur informatique dans une entreprise basée à Shanghai nourrissait des remords quant à son travail. Il consacrait ses journées sur un logiciel de surveillance appelé DiSanZhiYan ou le Troisième Œil.

Le programme est installé sur chaque ordinateur de l’entreprise. Il offre un suivi en temps réel de l’activité des salariés. Le logiciel permet également de conserver l’historique de navigation, enregistrer les conversations et les modifications de document. Par ailleurs, le Troisième Œil peut signaler de manière autonome les comportements suspects comme visiter des sites de recherche d’emploi ou de plateformes de streaming. Il génère chaque semaine des rapports de productivité détaillant les activités de chaque employé.

Les patrons s’appuieraient sur ces rapports pour attribuer des promotions ou des augmentations de salaires. Ils s’en serviraient également pour justifier certains licenciements. « Cela n’a aucun sens. Nous ne pouvons pas travailler sans arrêt au bureau. Nous devons faire des pauses », s’est indigné l’ingénieur informatique. Il a passé deux années devant un écran à superviser le Troisième Œil avant de démissionner.

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Un secteur qui fait de moins en moins rêver

L’industrie chinoise de l’Internet offre les meilleurs salaires dans le pays. Les ingénieurs informatiques sont devant les acteurs de la finance en termes de paie. Paradoxalement, les conditions de travail continuent de se dégrader dans le milieu. « Lorsqu’une efficacité ultra-élevée a été atteinte par les algorithmes, nous savons qu’il y aura des coûts supplémentaires. Et les coûts doivent être supportés par quelqu’un », a déploré un autre témoignage dans l’article de Nikkei Asia.