L’Ukraine a saisi des bouteilles d’alcool fabriquées à partir de pommes de Tchernobyl

Atomik est un spiritueux artisanal fabriqué à partir de pommes de Tchernobyl. Les autorités ukrainiennes ont saisi les bouteilles de cette boisson, mais pas pour les raisons que l’on pense.

Une équipe de scientifiques a sollicité des distillateurs en 2019 pour un projet qui sort de l’ordinaire. Celui-ci consiste à fabriquer une boisson alcoolisée avec des fruits cultivés dans la zone d’exclusion de Tchernobyl. À noter que cette région autour de l’ancienne centrale nucléaire est toujours radioactive. Atomik est ainsi un spiritueux artisanal obtenu avec des pommes cultivées dans la fameuse zone. The Chernobyl Spirit Company se charge de sa production.

Crédits Matthias Boeckel – Pixabay

Alors que la distillerie s’apprêtait à faire sa première livraison, les services secrets ukrainiens ont saisi ses 1 500 bouteilles d’alcool pour des raisons qui ne sont pas encore très claires. Cela n’aurait toutefois aucun lien avec le risque radioactif de la boisson.

Un processus de distillation qui élimine la radioactivité

Les pommes pour la fabrication d’Atomik sont cultivées dans le district ukrainien de Narodychi. L’endroit se situe en bordure de la zone d’exclusion. Il a malgré tout été frappé de plein fouet par les retombées du désastre nucléaire de 1986. Selon le Service national ukrainien des statistiques, la région compte près de 10 000 habitants. La production agricole y subit des restrictions très strictes.

D’après les estimations des autorités, la zone qui s’étend sur environ 2 600 km² restera inhabitable pendant près de 24 000 ans. Paradoxalement, les plantes et les animaux continuent d’y prospérer, tout comme le tourisme. Selon les responsables locaux, plus de 60 000 touristes visitent le district de Narodychi chaque année. Le nombre de visiteurs a connu une nette hausse après la sortie de la mini-série Tchernobyl de HBO en mai 2019.

Un problème de timbres fiscaux ?

Jim Smith est le patron de The Chernobyl Spirit Company. Ce professeur à l’université de Portsmouth au Royaume-Uni veut prouver que certains produits fabriqués à proximité de la zone d’exclusion peuvent être sans danger à la consommation. L’équipe derrière Atomik a d’abord testé la culture de seigle, mais les grains contenaient des traces de radioactivité. Smith et ses partenaires ont ensuite trouvé un processus de distillation capable de retirer les éléments radioactifs. Atomik n’est donc pas plus dangereux que les autres spiritueux.

Les autorités ukrainiennes reprocheraient à la distillerie d’utiliser de faux timbres fiscaux. De son côté, The Chernobyl Spirit Company a précisé que ses produits étaient destinés au marché britannique. Les responsables de l’entreprise estiment que les faits pour lesquels leur entreprise est accusée n’ont aucun sens. Leur avocate a même évoqué une violation de la loi ukrainienne de la part des autorités tout en soutenant que 75 % des profits seront utilisés « pour aider à créer des emplois et des investissements dans les régions d’Ukraine touchées par Tchernobyl et pour soutenir davantage la communauté ». Mais pour que cela soit possible, les bouteilles devront d’abord arriver dans les rayons des magasins.