Un virus modifié pour combattre les cancers avancés

Depuis des décennies, les scientifiques sont à la recherche d’un remède du cancer basé sur des virus génétiquement modifiés. « Virus oncolytiques », telle est l’appellation que l’on a donnée à ces microbes qui combattent préférentiellement les cellules cancéreuses. Certains d’entre eux ont déjà fait leurs preuves, mais pas toujours. Les chercheurs se sont jusqu’ici heurtés face à un problème. Le fait est que, lorsque le cancer est dans la phase métastatique, les cellules immunitaires du corps humain les reconnaissent comme des antigènes, et les éliminent.

Dernièrement, une équipe de chercheurs a annoncé avoir trouvé la solution à l’impasse.

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Concrètement, ils ont remanié l’adénovirus humain pour en faire un oncolytique efficace contre les cellules tumorales, même en métastase.Des résultats prometteurs ont été obtenus à l’issue de tests réalisés sur des souris en laboratoires. Il faudra néanmoins les prendre avec des pincettes, en tout cas pour l’instant.

Le mérite de la découverte revient à l’équipe de Case Western Reserve and Emory. Les résultats de l’étude ont été présentés le 25 novembre dans Science Translational.

La tumeur a disparu chez 35 % des souris

Pour l’expérience, les chercheurs ont incrusté des cellules cancéreuses métastatiques de poumons humains dans ceux des souris de laboratoire. Ils ont ensuite remarqué que 35 % des cobayes ont vu leurs cellules tumorales disséminées, sans que des réactions inflammatoires aient été observées. Les zones ayant été infectées par la tumeur ont été couvertes de cellules cicatricielles.

L’étude a été menée par Dmitry Shayakhmetov, PhD, professeur de médecine et de pédiatrie à la faculté de médecine de l’université Emory et membre du Centre Lowance d’immunologie humaine et du Centre de vaccination Emory.

Il a rapporté que l’adénovirus a été modifié à trois endroits pour réduire ses interactions avec des facteurs sanguins spécifiques. Il a noté que même de petits changements dans les protéines structurelles peuvent faire échouer le processus. « Nous avons constaté que le virus s’assemble toujours et reste fonctionnel pour infecter et tuer les cellules tumorales », a-t-il rapporté.

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Ils ont modifié le virus comme avec les briques Lego

Les scientifiques ont également remplacé une partie de l’adénovirus qui entre en interaction avec les intégrines cellulaires humaines par la laminine-a1. Cette séquence d’une autre protéine humaine lui sert de camouflage pour échapper à la défense immunitaire et l’oriente vers les cellules tumorales. L’équipe a abouti à une structure de microscopie cryo-électronique à haute résolution du virus remanié.

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Naturellement, ce résultat n’est pas encore tout à fait rassurant, car il ne s’agit donc pas encore d’un remède infaillible. Par contre, pour M. Shayakhmetov, « c’est une nouvelle voie pour le traitement des cancers métastatiques ». « Vous pouvez l’armer de gènes et de protéines qui stimulent l’immunité au cancer, et vous pouvez assembler la capside, une enveloppe du virus, comme vous le faites avec les blocs Lego. »