Vers des vignettes Crit’Air basées sur le style de conduite ?

La vignette Crit’Air, ce petit autocollant – à polémique – qui permet de classer les véhicules en fonction de leurs émissions polluantes pourrait désormais prendre en compte le style de conduite du conducteur.

La vignette permet de circuler et de stationner dans les zones à circulation restreinte ou dès lors qu’une circulation « réduite » est décidée, lors des pics de pollution par exemple.

Elle a souvent été décriée du fait de sa classification qui ne prend pas en compte toutes les caractéristiques polluantes d’un véhicule, et qui pénalise parfois indirectement des « bons » véhicules au détriment des « mauvais » qui passent entre les gouttes.

Mesurer le comportement de l’automobiliste plutôt que le véhicule

L’Institut français des Pétroles et des Énergies Nouvelles (IFPEN) est en train de développer une nouvelle génération de vignette Crit’Air prenant en compte le type de conduite des automobilistes.

Pour un même véhicule, un style de conduite « agressif » peut amener à une forte multiplication des émissions polluantes contrairement à une éco-conduite préconisée depuis de nombreuses années maintenant.

C’est sur ce constat que l’IFPEN a décidé de créer une vignette bardée de capteurs pour analyser ce fameux style de conduite. « À même véhicule et à même trajet, nous avons constaté des variations de NOx jusqu’à 400% et de CO2 jusqu’à 20% » explique Gaëtan Monnier, directeur du centre de résultats transports de l’institut.

Cette nouvelle vignette connectée refléterait ainsi ces fluctuations. À la place d’un chiffre basé sur les caractéristiques du moteur, la vignette afficherait une lettre allant de A à E pour indiquer la « qualité » de conduite.

« Le but est que la vignette comprenne une composante comportementale. Elle verrait sa couleur évoluer en fonction des performances du conducteur » explique Gilles Corde, responsable du programme logiciel et mobilité connectée.

La vignette pourrait communiquer avec le smartphone du conducteur grâce à un système Bluetooth et / ou RFID. GPS et accéléromètre sont donc au programme pour analyser les mouvements du véhicule et en déduire le type de conduite de l’automobiliste, le tout sans être connectée au véhicule en lui-même.

Une nouvelle polémique à l’horizon…

En clair, le comportement du conducteur sera directement affiché sur le pare-brise du véhicule. Si celle-ci ne reflète pas une éco-conduite, elle pourra signifier l’accès à certaines zones refusées pour « punir » l’automobiliste, en quelque sorte.

Pour le moment, l’État ne compte pas mettre en oeuvre cette vignette « deuxième génération ». Le prototype sera néanmoins disponible en mars 2018. Il faudra ensuite qu’elle se confronte à la polémique, car celle-ci pourrait être vue comme une intrusion de plus dans la sphère privée de l’automobiliste.

Est-elle la bonne solution, en « forçant » à l’éco-conduite plutôt que de promouvoir ce type de conduite d’une manière plus pédagogique ? Des applications existent déjà pour savoir si vous conduisez de manière écologique, et fournissent des conseils pour réduire ses consommations, à la manière d’un jeu où la performance consiste à rouler en douceur et diminuer de ce fait les émissions polluantes.

Certains y verront peut-être une réelle aide, mais nul doute que nombreux seront ceux qui auront le sentiment d’un nouveau « flicage » destiné, une fois de plus, à pointer du doigt les automobilistes et dénigrer l’automobile, pendant que d’autres sources polluantes persistent autour de nous sans être inquiétées. Certains y verront le spectre des voitures bridées, pour limiter l’automobiliste de manière radicale. Cette vignette accolée au pare-brise de Ferrari ou autres supercars risque de faire sourire… (ou pleurer ?)

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