Vietnam : une blogueuse condamnée à 10 ans de prison

Nguyen Ngoc Nhu Qynh habite au Vietnam et elle tient depuis 2006 un blog personnel consacré aux injustices sociales et politiques. Les autorités locales viennent de la condamner à dix ans de prison.

Elle se faisait appeler Me Nâm, ou “mère des champignons” en vietnamien. Activiste reconnue, elle avait pris l’habitude de dénoncer sur son blog toutes les injustices sociales et politiques de son pays. Elle n’hésitait d’ailleurs pas à mettre sa propre vie en danger pour défendre ses idéaux et venir en aide aux plus démunis.

Mère des Champignons

La femme évoquait des sujets très variés sur son site, des sujets en lien avec la brutalité policière, la liberté d’expression, l’environnement ou même les combines mises en place par les industriels pour gagner plus d’argent.

Me Nâm, la mère des champignons et l’amie du peuple

En 2015, elle a ainsi appelé les Vietnamiens à manifester contre la venue du président chinois Xi Jinping dans le pays afin de protester contre les arrestations de pêcheurs et contre la manière dont le gouvernement chinois traite les minorités ethniques.

À l’époque, elle avait d’ailleurs critiqué la position de son gouvernement par rapport au pouvoir chinois.

Quelques mois plus tard, Me Nâm a remis le couvert en publiant un article consacré aux violences policières, un article dans lequel elle accusait les forces de l’ordre d’avoir provoqué la mort de trente-et-une personnes se trouvant en garde à vue.

En 2016, elle a également signé une tribune enflammée dans laquelle elle accusait directement une usine d’acier installée dans la province de Ha Tinh d’avoir provoqué la mort de plusieurs tonnes de poissons à cause d’une de ses usines, une usine qui déversait ses déchets dans les rivières de la région.

L’affaire a fait beaucoup de bruit, et pour cause puisque l’usine en question appartenant en réalité à Formosa Plastics Group, un groupe taïwanais et un des plus gros investisseurs au Vietnam. De nombreux activistes sont alors descendus dans la rue et le gouvernement a fini par reconnaître la culpabilité de l’entreprise. Cette dernière a alors promis de payer cinq cents millions de dollars pour nettoyer les eaux et les terres polluées.

10 ans de prison fermes

En octobre dernier, Me Nâm a été encore plus loin en aidant la mère d’un activiste emprisonné à rendre visite à son fils. Excédé par ses agissements, le gouvernement vietnamien a alors décidé de la poursuivre. La blogueuse a été arrêtée à son domicile quelques semaines plus tard, devant sa fille de onze ans et son fils de deux ans. Elle se trouve depuis lors en détention.

L’arrestation de la mère des champignons n’est évidemment pas passée inaperçue et plus de mille personnes ont ainsi signé une pétition demandant sa libération. Les États-Unis ont pour leur part choisi de lui décerner le prix de Women of Courage.

La semaine dernière, le tribunal s’est donc réuni et il a condamné la femme à une peine de dix ans de prison. Vo An Don, son avocat, a dénoncé publiquement la peine en expliquant que Nguyen Ngoc Nhu Quynh n’avait commis aucun crime.

L’accusation n’est évidemment pas de son avis et les forces de l’ordre la décrivent ainsi comme une femme pessimiste dotée d’une vision unilatérale, une femme cherchant sciemment à provoquer la confusion au sein du public en vue de le retourner contre le pouvoir en place.

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