Voici le plus ancien temple retrouvé par les archéologues

Göbekli Tepe, dans le sud-est de la Turquie, est un site en cours d’excavation qui fait le lien entre le paléolithique et le néolithique. Datant de 11 500 ans avant notre ère, il est le premier candidat connu concernant les origines de l’agriculture et de la religion institutionnelle.

Il contient jusqu’à 20 cercles de pierre composés de mégalithes sculptés de 10 à 50 tonnes chacun.

Göbekli_Tepe

L’origine de l’agriculture

Göbek est le mot turc pour désigner le ventre, le nombril, le noyau, le cœur, le centre ou le point médian. (« Göbek dansı » en turc, par exemple, signifie « danse du ventre ».) Göbekli est l’adjectif dérivé de ce mot. Tepe signifie « colline », ici cela signifie un monticule archéologique, l’équivalent d’un “Tell“. Le nom de Göbekli Tepe, littéralement « colline qui a un nombril », pourrait aussi être traduit par « un monticule avec un cœur » ou « le monticule qui est l’Omphalos ».

C’est une découverte archéologique extraordinaire, repoussant les dates de l’architecture et de la religion de plusieurs milliers d’années dans le Mésolithique. Göbekli Tepe se trouve à quelques centaines de kilomètres à l’est de Çatal Höyük, dans le sud-est de l’Anatolie, une région où se rencontrent la Mésopotamie, le Levant et l’Anatolie – le bassin supérieur de l’Euphrate. L’Anatolie du Sud-est est l’endroit où les premières formes d’agriculture ont débuté, au cours des siècles après la fondation de Göbekli Tepe.

L’évidence archéologique ici indique que les changements socio-économiques résultant de l’institutionnalisation de la religion sont ce qui a causé l’émergence de l’agriculture. Le site aurait joué un rôle clé dans la transition vers l’agriculture, car l’organisation sociale nécessaire à la création de ces structures allait de pair avec l’exploitation organisée des cultures sauvages. En fait, l’analyse récente de l’ADN du blé moderne par rapport au blé sauvage a montré que son ADN est le plus proche du blé sauvage einkorn trouvé sur une montagne appelée Karacadağ, à 32 km du site, ce qui laisse penser que c’est là que le blé moderne a d’abord été domestiqué.

Se rassembler pour la religion signifiait que ce peuple ancien avait besoin de nourrir plus de gens. Alors ils ont commencé à cultiver les herbes sauvages. Mais ce passage à l’agriculture a mis la pression sur le paysage; les arbres ont été abattus, les troupeaux de gibier ont été dispersés. Ce qui était autrefois une terre paradisiaque est devenu une terre déserte. Ce changement a eu lieu vers 8000 ans avant notre ère. Le temple de Göbekli Tepe était recouvert de terre à cette époque.

L’origine de la religion

Miriam Roberts Dexter, dans son article « Les félins et la grande-déesse en Anatolie : Kubaba et Cybèle », a retracé l’iconographie de la Grande Déesse Anatolienne (connue sous le nom de Cybèle à l’époque classique) aussi loin qu’à l’époque du Göbekli Tepe. Une sorte de figure féminine, datant de 8000 ans avant notre ère, a été trouvée gravée sur une roche dans une zone entre des piliers avec des représentations de félins. La Grande Mère apparaît toujours comme une femme avec des lions tout au long de ses représentations de 8.000 avant notre ère à 500 après J.C. Une sculpture d’elle avec ses lions a été trouvée à Çatalhöyük, elle a été datée à 6 200 ans avant notre ère. La découverte de la sculpture des félins et de la femme à Göbekli Tepe repousse l’origine de cette iconographie à 1800 ans de plus.

Les sculptures religieuses de Göbekli Tepe montrent une tradition de chamanisme et sa relation avec les animaux sauvages. La date de la sculpture des félins et de la femme est proche de la fin de la culture de Göbekli Tepe. Les origines de Göbekli Tepe remonteraient donc à une forme tardive de la religion paléolithique, un chamanisme de bêtes sauvages pratiqué par des chasseurs-cueilleurs, dont les origines sont aussi anciennes que l’humanité elle-même.

Le lien entre deux étapes de l’évolution de la religion

Sur le site de Göbekli Tepe, à la fin de la culture à laquelle il a donné naissance, l’interface homme-bête s’est développée pour donner l’image d’une femme avec des chats sauvages, la « Maîtresse des Animaux ». C’était la forme sous laquelle elle continuerait à être connue à travers les âges. Ce n’est donc pas une coïncidence si le culte anatolien de Magna Mater jusqu’à l’époque classique grecque et romaine était associé à des choses sauvages et à des lieux sauvages.

Göbekli Tepe est le chaînon manquant entre le chamanisme paléolithique des chasseurs-cueilleurs et la religion de Magna Mater qui, avec ses racines remontant à 10 000 ans, est la plus ancienne tradition religieuse connue au monde.

Mots-clés archéologie