Voilà ce qui nous attend (peut-être) pour cette nouvelle décennie

Que se passera-t-il dans les années 2020 ? Cette question taraude l’esprit de bon nombre d’entre nous, surtout lorsqu’on sait les nombreux problèmes auxquels est confronté le monde aujourd’hui. Et si nous prenons l’histoire comme guide, les perspectives ne semblent pas du tout réjouissantes.

En effet, en se servant des outils de la cliodynamique, David Baker, chargé de cours d’histoire à l’université Macquarie à Sydney, a fait des prédictions pour les années 2020. Et cela donne des choses terrifiantes comme l’aggravation des inégalités sociales, plus d’émeutes et de soulèvements, etc.

une photo d'émeute

Une photo d’émeute (crédits Pixabay)

Cycles de croissance et de déclin

La cliodynamique utilise des dizaines d’études de cas de civilisations au cours des 5000 dernières années pour rechercher des modèles mathématiques dans l’histoire humaine. Et l’un des domaines où la cliodynamique a porté ses fruits est la “théorie démographique et structurelle”, qui explique les cycles communs de prospérité et de déclin. Dans son analyse, Baker cite un exemple de cycle complet, tiré de l’histoire romaine.

Après la deuxième guerre punique de l’an 201 avant notre ère, la République romaine a connu une période de croissance et de prospérité extrêmes. Au cours de cette période, il y avait un fossé relativement faible entre les plus riches et les plus pauvres, et un nombre limité de l’élite détenant le pouvoir.

Au fur et à mesure que la population augmentait, les petits exploitants ont dû vendre leurs fermes à des élites propriétaires de plus grandes plantations, où travaillaient principalement des esclaves. Le nombre d’élites grimpa en flèche, les inégalités de richesse s’accentuèrent, les gens ordinaires se sentirent lésés et de nombreuses personnes riches se retrouvèrent privées de pouvoir.

Les riches ont résisté aux appels à la réforme agraire, ce qui entraîna la division de l’élite en deux factions appelées les Optimates et les Populares. Le siècle suivant a vu naître des révoltes d’esclaves et deux grandes guerres civiles. La stabilité n’est revenue que lorsque Auguste (Augustus) a vaincu tous les autres rivaux à l’an 30 avant notre ère, mettant fin à la république et se faisant empereur. Cela marqua le début d’un nouveau cycle de croissance.

Instabilité sociopolitique et violence en perspective

Pour diagnostiquer la santé d’une société, et déterminer où elle se dirige, la théorie démographique et structurelle examine des éléments tels que la force économique et politique de l’État, l’âge et les salaires de la population, ainsi que la taille et la richesse de l’élite. D’un point de vue historique, certaines choses que nous voyons aujourd’hui sont de mauvais signes : une baisse du pouvoir d’achat des populations, un écart croissant entre les plus riches et les plus pauvres, un nombre croissant de personnes riches et influentes.

Le fait que les générations précédentes aient connu des périodes de croissance et d’abondance est un autre mauvais signe. Cela peut signifier qu’une société est sur le point de s’écrouler, à moins que beaucoup de bonnes politiques et d’innovations ne viennent relâcher la pression. Or le système mondial moderne a connu une période de croissance (sans précédent dans l’histoire de l’humanité) depuis 1945, une période souvent appelée la « grande accélération ». Et aujourd’hui dans de plus en plus de pays on constate une stagnation des salaires, une augmentation des inégalités et des élites riches en quête de pouvoir.

Historiquement, les périodes de tension et de “forte augmentation des élites”, comme c’est le cas aujourd’hui, sont suivies d’une crise (économique ou environnementale), qui est à son tour suivie d’années d’instabilité sociopolitique et de violence.

Les rivalités entre les élites aggravent les crises

Dans une période de déclin social, les animosités dynastiques, politiques et religieuses deviennent incendiaires. On peut s’attendre à ce que ce déclin se poursuive régulièrement au cours de la prochaine décennie, à moins qu’un événement déclencheur ne déclenche une crise et une longue période – peut-être des décennies – de violence extrême.

Dans son analyse, Baker cite comme exemple historique dramatique le XIIe siècle, lorsque la population européenne augmentait et le niveau de vie augmentait. La fin du XIIIe siècle a vu apparaître une période de tension. Puis la Grande Famine de 1315–17 a déclenché une période de conflits et de violence croissante. Vint ensuite un désastre encore plus grand, la peste noire de 1347-1351. Après ces deux événements déclencheurs, les conflits entre élites pour s’accaparer le peu qui restait ont conduit à un siècle de massacre à travers l’Europe.

La probabilité de l’avènement d’un tel événement déclencheur dans les années 2020 reste faible, voire modérée. Cela peut arriver des décennies plus tard. Mais les signes avant-coureurs sont déjà bien présents actuellement.

La technologie à la rescousse ?

S’il y a une chose qui pourrait inverser ce cycle, dit Baker, ce serait une percée technologique majeure. L’innovation a en effet temporairement retardé le déclin par le passé. Dans l’Europe du milieu du XIe siècle, par exemple, de nouvelles méthodes de défrichement de terrain et d’agriculture ont permis une augmentation spectaculaire de la production qui a conduit à une prospérité et une stabilité relatives au XIIe siècle.

Dans notre situation actuelle, la découverte d’une nouvelle énergie abondante, bon marché et propre pourrait changer radicalement la situation. Même si la probabilité que cela se produise dans les années 2020 reste faible, l’innovation demeure quand même notre meilleur espoir, et plus tôt elle se produira, mieux ce sera.