Voilà pourquoi le Coronavirus Covid-19 n’a pas pu s’échapper d’un laboratoire

Les « fake news » sont devenus un véritable fléau de notre société moderne, et tous les sujets y passent même le COVID-19. Un mythe persistant à propos du nouveau coronavirus est qu’il a été fabriqué par des scientifiques et se serait échappé d’un laboratoire à Wuhan, en Chine, point de départ de l’épidémie.

Mais une nouvelle analyse du SRAS-CoV-2, le nom scientifique du virus du COVID-19, montre que cette idée n’est rien de plus qu’une fake news n’ayant aucun fondement.

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Un virus d’une complexité redoutable

La nouvelle étude a été publiée le 17 mars dans la revue Nature Medicine, et elle a été conduite par un groupe de chercheurs qui ont comparé le génome du nouveau coronavirus avec celui des autres coronavirus connus pour infecter l’homme. Il s’agit du 229E, de l’OC43, du NL63, et du HKU1, qui ne provoquent généralement que des symptômes bénins, et le MERS, le SRAS et le SRAS-CoV-2, qui peuvent provoquer une maladie grave.

« Nos analyses montrent clairement que le SRAS-CoV-2 n’est pas une fabrication de laboratoire ou un virus délibérément manipulé », ont écrit les chercheurs dans leur rapport.

L’équipe de scientifiques composée de Kristian Andersen, professeur agrégé d’immunologie et de microbiologie à Scripps Research, et d’autres collègues, a examiné le modèle génétique des protéines en forme de pointes qui dépassent de la surface du virus. Ce sont ces pointes que le coronavirus utilise pour s’accrocher aux parois externes des cellules de son hôte, avant de pénétrer dans ces cellules.

Ces protéines de pointe ont deux caractéristiques clés dont les séquences géniques ont particulièrement intéressé les scientifiques : le capteur, ou domaine de liaison aux récepteurs, qui s’accroche aux cellules hôtes; et ce qu’on appelle le site de clivage qui permet au virus de s’ouvrir pour pouvoir pénétrer dans ces cellules.

L’analyse des chercheurs leur a permis de découvrir que la partie en « crochet » de la pointe du virus avait évolué pour cibler en particulier un récepteur situé à l’extérieur des cellules humaines. Ce récepteur s’appelle ACE2, et il joue notamment un rôle dans la régulation de la pression artérielle. La connexion des pointes du SRAS-CoV-2 sur l’ACE2 est si efficace que les chercheurs pensent que les protéines de pointe du virus ne sont pas le résultat du génie génétique, mais plutôt de la sélection naturelle.

Pourquoi le COVID-19 n’a pas pu être créé en laboratoire ?

Le SRAS-CoV-2 est très proche, dans sa structure, du virus à l’origine du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui s’est répandu dans le monde il y a environ 20 ans. Les chercheurs ont étudié les codes génétiques du SARS-CoV et du SARS-CoV-2 pour savoir ce qui différenciait les deux virus. À travers des simulations informatiques, ils ont essayé de savoir si les mutations du SARS-CoV-2 avaient contribué à le rendre si efficace dans sa contamination des cellules humaines. La réponse est non !

En effet selon les modèles informatiques, les mutations du SARS-CoV-2 n’ont rien à voir avec son efficacité à contaminer les cellules de son hôte. Si le virus avait été délibérément conçu en laboratoire comme l’affirme la rumeur, pourquoi les scientifiques auraient-ils choisi des mutations qui, selon les modèles informatiques, ne fonctionneraient pas ? Le fait est que le nouveau coronavirus a lui-même trouvé un moyen différent et meilleur de muter, qui surpasse de loin tout ce que les scientifiques auraient pu créer en laboratoire, explique l’étude.

Une autre raison pour laquelle le COVID-19 n’a pas pu être fabriqué en laboratoire est que sa structure moléculaire globale est distincte des autres coronavirus connus. Elle ressemble plutôt à des virus qu’on trouve chez les pangolins et les chauves-souris, des virus qui avaient été peu étudiés jusque là, car connus pour ne pas être dangereux pour l’homme.

« Si quelqu’un cherchait à créer un nouveau coronavirus comme agent pathogène, il l’aurait créé à partir de l’épine dorsale d’un virus connu pour causer des maladies », peut-on lire dans un communiqué de Scripps.

Mais alors d’où vient le nouveau coronavirus ?

Le groupe de chercheurs propose deux scénarios possibles à l’origine du SRAS-CoV-2 chez l’homme. Un premier scénario serait que le virus a une origine similaire à celle de quelques autres coronavirus récents qui ont fait des ravages au sein des populations humaines. Dans ce scénario, le virus est passé directement d’un animal à l’homme : des chameaux dans le cas du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) et des civettes dans le cas du SRAS.

Dans le cas du COVID-19, les chercheurs pensent que le virus vient de la chauve-souris, qui l’a transmis à un autre animal intermédiaire (certains scientifiques soupçonnent le pangolin) qui l’a ensuite transmis à l’homme. Dans ce scénario possible, le nouveau coronavirus possédait déjà, avant de passer à l’homme, les caractéristiques génétiques qui le rendent si efficace pour infecter les cellules humaines.

Le deuxième scénario proposé par les chercheurs suggère que les caractéristiques pathogènes du virus n’ont évolué qu’après qu’il soit passé de son hôte animal à l’homme. On retrouve en effet une « structure en crochets » similaire à celle du SRAS-CoV-2 chez certains coronavirus originaires de pangolins. Un pangolin a donc pu transmettre directement ou indirectement son virus à un hôte humain. Puis, une fois à l’intérieur de l’hôte humain, le virus aurait pu évoluer pour acquérir son autre caractéristique clé : le site de clivage qui lui permet d’entrer facilement dans les cellules humaines.