Vos plantes vous écoutent-elles réellement ?

Beaucoup de personnes adeptes du jardinage pensent que les plantes sont capables de comprendre leurs paroles et n’hésitent pas à leur parler pour les encourager à grandir. Pour la communauté scientifique, le fait que les plantes puissent écouter ou même répondre reste toutefois un grand sujet de débat.

Certains scientifiques tels que Monica Gagliano de l’Université d’Australie Occidentale ont soutenu dans leurs articles que les plantes avaient la capacité de communiquer, d’apprendre et de se souvenir. D’un autre côté, il y a les sceptiques comme David Robinson de l’Université de Heidelberg, en Allemagne. Robinson et d’autres pensent que les réponses des plantes aux stimuli acoustiques n’avaient rien à voir avec un processus de pensée.

Une illustration représentant un arbre
Image par Łukasz Siwy de Pixabay – image recadrée

Il y a également ceux qui ont un point de vue différent comme Tony Trewavas, professeur émérite à l’Université d’Edinburgh, qui considère les plantes comme « intelligentes » selon une définition large, et Laura Beloff, professeur à l’Université Aalto en Finlande, qui demeure fascinée par la possibilité que les plantes puissent parler, bien que plutôt sceptique.

Dans tous les cas, ce qui est sûr c’est que ces êtres vivants sont dotés de certaines capacités qui leur permettent d’améliorer leurs chances de survie.

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Des expériences ont révélé que les plantes pouvaient communiquer

Lors d’une expérience, Laura Beloff a relié les racines de ses plantes à un microphone de contact pour détecter de faibles clics aigus dans le sol. Les clics sont devenus audibles pour les humains en abaissant leur fréquence à l’aide d’un logiciel que Beloff a conçu pour son ordinateur. Selon la scientifique, elle a entendu du bruit émanant de l’appareil alors qu’elle travaillait dans son bureau. Etrangement, le cliquetis s’est arrêté lorsque quelqu’un est entré dans la pièce et a repris lorsque la personne est sortie. C’était comme si la plante ne voulait parler qu’à elle. Pendant plus de deux ans, Beloff a essayé de détecter les clics provenant des plantes, mais elle ignore toujours ce qui était réellement en train de se produire. De plus, son matériel, un simple microphone bon marché, ne lui permettait pas d’avoir des réponses plus précises, étant donné qu’il aurait pu également détecter des bruits provenant des microorganismes du sol ou d’autres sources.

Pour Gagliano et ses collègues, cela fait des années qu’ils pensent qu’on devrait prêter plus attention au fait que les plantes peuvent transmettre et récupérer des informations par voie acoustique. Une étude qu’ils ont réalisée en 2017 a révélé que ces êtres vivants pouvaient localiser l’eau souterraine en captant la vibration émise par celle-ci via leurs racines. Il semblerait aussi que les plantes produisent par exemple davantage de produits chimiques de dissuasion le moment venu lorsqu’elles ont été exposées au préalable à un enregistrement audio de chenilles en train de manger.

En 2012, Gagliano et son équipe avaient publié un article sur la détection de cliquetis provenant des racines des plantes grâce à un vibromètre laser. Selon Gagliano, les racines ont également réagi à des sons de mêmes fréquences en changeant la direction de leur pousse. Elle a aussi affirmé avoir vécu l’expérience d’entendre des plantes lui parler à plusieurs reprises, en dehors du domaine strictement scientifique.

Des recherches plus récentes effectuées par un groupe de chercheurs en Israël en 2019 ont aussi révélé que les plantes pouvaient augmenter la quantité de sucre dans leur nectar quand elles sont exposées au son d’une abeille ou à des bruits de mêmes fréquences.

Les nombreuses études menées sur le sujet ont conduit certaines organisations comme le Qingdao Physical Agricultural Engineering Research Center, en Chine, à développer un appareil pour diffuser des sons spécialement adaptés pour influencer les plantes, par exemple en les incitant à augmenter la production afin de réduire les besoins en engrais.

Une autre étude a montré qu’il existait des relations mutuellement bénéfiques entre les plantes et d’autres êtres vivants comme les chauves-souris par exemple. Attirées vers les racines de la plante carnivore Nepenthes hemsleyana où elles se perchent, les chauves-souris contribuent à sa fertilisation avec leurs excréments. Cela est possible grâce à la paroi interne des racines de la plante qui a évolué pour refléter les ultrasons des chauves-souris.

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Des idées qui réfutent la capacité des plantes à parler

Tous ces travaux de recherches ont démontré que le son a une importance non négligeable pour les plantes. Par contre, les mécanismes qui leur permettent de percevoir ou sentir le son demeurent un total mystère. 

Le fait que l’on n’ait toujours pas pu expliquer de façon précise ces mécanismes rend certains scientifiques encore plus sceptiques. Pour David Robinson, les plantes ne sont pas intelligentes et sont incapables de communiquer comme nous pour la bonne raison qu’elles ne possèdent pas de neurones, les cellules indispensables pour transmettre les informations au cerveau via des signaux électriques chez les animaux. Chez les plantes, les informations circulent plutôt via la signalisation chimique.

Un autre chercheur a également contesté l’idée que les plantes puissent apprendre. Il a essayé de reproduire l’expérience d’apprentissage que l’équipe de Gagliano a réalisée mais n’a pas réussi à obtenir les mêmes résultats. Gagliano a déclaré dans une réponse publiée que la différence au niveau de la méthodologie adoptée durant l’expérience ne permettait pas d’obtenir des résultats similaires à ceux de leurs études.

Malgré sa position, Robinson n’exclut pas la possibilité que les plantes puissent encore nous surprendre. Il pense toutefois qu’il ne faudrait pas comparer leurs capacités de communication à celles des humains, ni essayer de leur parler.

De son côté, Tony Trewavas considère les plantes comme étant des êtres intelligents puisqu’elles peuvent répondre clairement aux stimuli pour augmenter leurs chances de survie. Il a pris l’exemple d’une plante qui tuait une partie de ses propres feuilles pour que l’œuf d’une chenille n’éclose pas. Trewavas a aussi souligné la présence d’une forme de communication qui existe entre les plantes et d’autres espèces, par exemple lorsque les plantes s’appuient sur des réseaux de microbes dans le sol pour trouver des nutriments.

Quoi qu’il en soit, bien que les plantes soient capables de répondre à certains stimuli ou encore de communiquer chimiquement avec d’autres êtres vivants, beaucoup de scientifiques pensent que ce n’est pas la même chose que de discuter directement avec quelqu’un qui est capable de nous répondre.